Qu'est-ce que le démembrement de propriété ?

Le démembrement de propriété consiste à séparer la pleine propriété d'un bien en deux droits distincts : l'usufruit d'un côté, la nue-propriété de l'autre. Chaque droit appartient alors à une personne différente. Cette technique, aussi ancienne que le droit romain, est aujourd'hui l'un des leviers les plus efficaces pour transmettre un patrimoine immobilier en payant moins de droits.

L'usufruit, c'est le droit d'utiliser le bien et d'en percevoir les revenus. Concrètement, vous pouvez habiter dans l'appartement, le louer et encaisser les loyers, ou simplement en jouir. La nue-propriété, c'est le droit de disposer du bien à terme, c'est-à-dire au décès de l'usufruitier. Le nu-propriétaire ne peut ni occuper ni louer le bien tant que l'usufruit existe.

60 %
Valeur de la nue-propriété entre 61 et 70 ans (art. 669 CGI)
100 000 €
Abattement par enfant et par parent, renouvelable tous les 15 ans
0 €
Droits sur la réunion d'usufruit au décès du donateur

L'intérêt fiscal du démembrement tient en une règle simple. Quand vous donnez seulement la nue-propriété à vos enfants, les droits de donation sont calculés sur la valeur de la nue-propriété, pas sur la valeur totale du bien. Cette valeur dépend de votre âge et suit un barème officiel, défini à l'article 669 du Code général des impôts. Plus tôt vous faites le démembrement, plus la nue-propriété vaut peu, plus les droits sont faibles.

💡 Le point-clé à retenir

Au décès de l'usufruitier, le nu-propriétaire récupère automatiquement la pleine propriété du bien sans payer un euro de droits supplémentaires. C'est ce qu'on appelle la réunion d'usufruit (source : service-public.fr).

Pourquoi cette mécanique intéresse-t-elle les seniors propriétaires ?

Trois raisons principales. D'abord, vous conservez l'usage du bien : vous pouvez continuer à y habiter ou à percevoir les loyers, donc votre niveau de vie ne change pas. Ensuite, la base taxable est réduite, parfois de 40 à 70 %. Enfin, à votre décès, vos enfants récupèrent la pleine propriété sans nouveau passage chez le notaire pour la partie « usufruit » et sans droits complémentaires.

Ce mécanisme est particulièrement adapté si votre patrimoine dépasse le seuil d'abattement de 100 000 € par enfant, car c'est à partir de là que les droits de succession commencent à mordre sérieusement. Pour comprendre l'impact concret en l'absence de démembrement, consultez notre article sur les droits de succession que vont payer vos enfants.

Le barème fiscal de l'usufruit et de la nue-propriété

La valeur respective de l'usufruit et de la nue-propriété est fixée par la loi : elle dépend uniquement de l'âge de l'usufruitier au jour de la donation. Ce barème, prévu à l'article 669 du CGI, s'applique à toute donation avec réserve d'usufruit — que le bien soit un appartement, une maison, un portefeuille de titres ou des parts de SCPI.

Âge de l'usufruitier Valeur de l'usufruit Valeur de la nue-propriété
Moins de 21 ans révolus90 %10 %
De 21 à 30 ans80 %20 %
De 31 à 40 ans70 %30 %
De 41 à 50 ans60 %40 %
De 51 à 60 ans50 %50 %
De 61 à 70 ans40 %60 %
De 71 à 80 ans30 %70 %
De 81 à 90 ans20 %80 %
91 ans et plus10 %90 %

Une lecture en une ligne : à 65 ans, vous entrez dans la tranche 61-70 ans. Un bien de 400 000 € sera taxé sur 240 000 € (la nue-propriété valorisée à 60 %) en cas de donation de la seule nue-propriété, pas sur 400 000 €. L'écart de base imposable est immédiat.

⚠ Attention au passage de tranche

Le barème fonctionne par paliers de 10 ans. Franchir un anniversaire décennal change radicalement la valeur de la nue-propriété : la veille de votre 71ᵉ anniversaire, elle vaut 60 % ; le lendemain, 70 %. Un décalage de quelques semaines peut coûter des milliers d'euros de droits supplémentaires. Si vous êtes proche d'une tranche, anticipez.

Pourquoi la nue-propriété vaut-elle plus cher quand on vieillit ?

La logique est actuarielle. Plus l'usufruitier est âgé, plus son usufruit a une durée de vie courte, donc moins il vaut cher. À l'inverse, la nue-propriété attend moins longtemps pour devenir pleine propriété, donc elle vaut plus cher. C'est pour ça que le démembrement donne les meilleurs résultats fiscaux avant 70 ans, et même idéalement entre 55 et 65 ans.

En France, ce barème légal diffère du barème économique utilisé par les juges en cas de litige. Pour la fiscalité, on applique toujours le barème de l'article 669. C'est ce que retiennent les Notaires de France et l'administration fiscale.

Donner la nue-propriété : comment ça marche concrètement

La donation avec réserve d'usufruit se fait obligatoirement par acte notarié. On ne peut pas démembrer un bien immobilier avec un simple écrit sous seing privé. Le notaire rédige l'acte, calcule les droits selon le barème, et s'occupe de la publicité foncière. Comptez entre 1 500 et 3 500 € de frais de notaire pour une donation-démembrement sur un bien de valeur moyenne.

Étape par étape

  1. Rendez-vous chez le notaire avec vos enfants. Il établit la valeur du bien (parfois avec une expertise si le bien est atypique).
  2. Il applique le barème de l'article 669 selon votre âge pour déterminer la valeur de la nue-propriété transmise.
  3. Il applique l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant en ligne directe (source : service-public.fr).
  4. Il calcule les droits au barème progressif (5 % à 45 %) sur la fraction qui dépasse l'abattement.
  5. Vous signez l'acte. Les enfants deviennent nus-propriétaires. Vous restez usufruitier.
  6. À votre décès, l'usufruit s'éteint. Les enfants deviennent pleins propriétaires sans nouveau calcul fiscal.

Qui paie les charges pendant le démembrement ?

L'article 605 du Code civil répartit clairement les charges. L'usufruitier paie les réparations d'entretien, la taxe d'habitation, la taxe foncière (depuis la jurisprudence civile classique) et les charges de copropriété courantes. Le nu-propriétaire prend en charge les grosses réparations : toiture, murs porteurs, ravalement, réfection complète de la charpente. En pratique, une majorité de familles conviennent que l'usufruitier assume tout pour éviter les tensions, mais c'est un point à trancher en famille avant de signer.

✓ Bon à savoir

Si vous vendez le bien démembré de votre vivant, le produit de la vente peut être conservé en démembrement (on parle de report d'usufruit ou de quasi-usufruit). Cette clause doit être prévue dans l'acte notarié initial. Sans elle, chacun récupère sa quote-part selon la valeur du barème.

Les trois pièges à éviter

Premier piège : vendre le bien sans accord du nu-propriétaire. Une fois la donation faite, vous n'êtes plus seul maître du bien. Vendre exige la signature des deux parties. Pensez-y si vous avez des enfants en désaccord entre eux.

Deuxième piège : ne pas anticiper les travaux lourds. Si le toit doit être refait à 30 000 € et que vos enfants n'ont pas les moyens d'assumer leur part, le bien se dégrade. Prévoyez ce cas dans l'acte ou conservez une réserve de trésorerie.

Troisième piège : oublier l'IFI. Depuis 2018, l'usufruitier déclare en principe la valeur totale du bien à l'IFI, pas seulement son usufruit. Le démembrement ne réduit donc pas l'IFI du donateur. Des exceptions existent (démembrement subi, succession du conjoint), à discuter avec le notaire.

Exemple chiffré : la famille Martin

Jean Martin a 67 ans. Il possède un appartement à Nantes estimé à 350 000 €. Il a deux enfants, Sophie et Thomas, âgés de 38 et 41 ans. Sa femme Claire est déjà décédée. Jean se demande ce qui se passera à son décès si ses enfants doivent se partager l'appartement par succession classique, ou s'il vaut mieux organiser dès maintenant un démembrement.

📌 Scénario 1 — Sans démembrement (succession classique)
Valeur transmise par enfant175 000 €
Abattement en ligne directe− 100 000 €
Base taxable par enfant75 000 €
Droits au barème progressif13 194 €
Total payé par les deux enfants26 388 €

Dans ce premier scénario, les 350 000 € sont transmis au décès de Jean. Chaque enfant hérite de 175 000 €. L'abattement de 100 000 € laisse 75 000 € taxables, ce qui génère environ 13 194 € de droits par enfant, soit 26 388 € au total pour la famille (calcul au barème progressif 5 %-20 %).

📌 Scénario 2 — Avec démembrement aujourd'hui (Jean a 67 ans)
Valeur du bien350 000 €
Nue-propriété transmise (60 % à 67 ans)210 000 €
Part transmise par enfant105 000 €
Abattement en ligne directe− 100 000 €
Base taxable par enfant5 000 €
Droits par enfant (5 %)250 €
Total payé par les deux enfants500 €

Dans le second scénario, Jean donne aujourd'hui la nue-propriété à ses enfants et garde l'usufruit. Il continue d'habiter l'appartement ou d'en percevoir les loyers. Au décès de Jean, Sophie et Thomas récupèrent automatiquement la pleine propriété, sans droits supplémentaires. Le total payé n'est que de 500 €. L'économie est de 25 888 €, soit 98 % de moins qu'en succession classique.

💡 Le bonus invisible

Si l'appartement prend de la valeur entre aujourd'hui et le décès de Jean — passant par exemple de 350 000 à 450 000 € — la plus-value de 100 000 € est transmise gratuitement aux enfants. En succession classique, elle aurait été taxée. En démembrement, elle échappe à l'impôt.

Cet exemple illustre pourquoi le démembrement est souvent combiné à d'autres stratégies comme la donation de son vivant avant 70 ans ou l'assurance vie après 60 ans. Chaque levier règle une partie du problème ; ensemble, ils permettent de transmettre un gros patrimoine presque sans fiscalité.

Simulez l'économie du démembrement

Entrez les paramètres de votre situation. Le simulateur compare automatiquement les droits payés en transmission classique (pleine propriété) et en donation de la nue-propriété, selon le barème de l'article 669 CGI.

Simulateur comparatif : pleine propriété vs nue-propriété
Barème officiel 2026 — art. 669 CGI · Calcul instantané
Valeur vénale actuelle (estimation notaire ou agence)
Votre âge au jour de la donation
Résultats du comparatif
Droits en pleine propriété
— €
Succession classique
Droits avec démembrement
— €
Nue-propriété = — %
Économie réalisée
— €
Soit — % de réduction
ℹ️ Comment sont calculés ces droits ?

Le simulateur applique le barème de l'article 669 CGI pour déterminer la valeur de la nue-propriété, puis les abattements en vigueur en 2026 (100 000 € par enfant en ligne directe, 15 932 € pour les frères et sœurs, 7 967 € pour les neveux/nièces, 1 594 € pour les tiers), et le barème progressif des droits de mutation à titre gratuit. Résultats à titre indicatif — ils ne prennent pas en compte les donations antérieures ni les frais de notaire.

Chaque cas familial est différent

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Ce qu'il faut retenir

Le démembrement de propriété est l'un des outils les plus puissants pour transmettre un bien immobilier en France. En donnant la seule nue-propriété à vos enfants, vous réduisez la base taxable selon un barème officiel, vous conservez l'usage et les revenus du bien, et vous profitez d'une réunion d'usufruit gratuite à votre décès.

La mécanique gagne en puissance quand elle est déclenchée tôt. Entre 60 et 70 ans, la nue-propriété ne vaut que 60 % du bien : c'est souvent le meilleur moment pour ouvrir le sujet. Après 80 ans, elle pèse 80 % et l'économie fiscale devient beaucoup plus modeste. Le démembrement doit aussi être pensé dans un ensemble — il s'articule avec les abattements classiques, l'assurance vie, et parfois la donation-partage pour figer les valeurs.

Enfin, rappel important : le démembrement engage la famille pour une longue période. Il exige un dialogue clair entre parents et enfants (sur les charges, les travaux, une vente éventuelle) et un acte notarié bien rédigé. Les informations présentées dans cet article sont à caractère général et ne constituent pas un conseil personnalisé. Avant de prendre une décision, faites simuler votre cas précis par un professionnel.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce que le démembrement de propriété ?

Le démembrement consiste à séparer la propriété d'un bien en deux droits distincts : l'usufruit (droit d'utiliser et de percevoir les revenus) et la nue-propriété (droit de disposer à terme). Chaque droit appartient à une personne différente. À l'extinction de l'usufruit (en général au décès de l'usufruitier), le nu-propriétaire récupère automatiquement la pleine propriété sans payer de droits. Voir la fiche service-public.fr.

Combien vaut la nue-propriété à 65 ans ?

À 65 ans, l'usufruitier est dans la tranche 61-70 ans selon l'article 669 du CGI. La nue-propriété vaut alors 60 % de la valeur du bien et l'usufruit 40 %. Un appartement de 300 000 € sera donc transmis sur une base de 180 000 € en cas de donation de la seule nue-propriété.

Faut-il payer des droits à la fin de l'usufruit ?

Non. À l'extinction de l'usufruit — le plus souvent au décès du donateur — le nu-propriétaire récupère la pleine propriété du bien sans aucun droit à payer. C'est ce qu'on appelle la réunion d'usufruit. Cette règle est l'un des principaux avantages fiscaux du démembrement. Elle est prévue par l'article 1133 du CGI.

Qui paie la taxe foncière et les travaux pendant le démembrement ?

L'usufruitier paie la taxe foncière, la taxe d'habitation (si elle s'applique) et les charges courantes. Le nu-propriétaire paie les grosses réparations (article 605 du Code civil) : toiture, murs porteurs, ravalement. En pratique, beaucoup de familles prévoient dans l'acte de donation que l'usufruitier prend tout en charge pour simplifier.

Peut-on vendre un bien démembré ?

Oui, mais il faut l'accord des deux parties — usufruitier et nu-propriétaire. Le produit de la vente peut être partagé selon le barème 669 (chacun récupère sa quote-part) ou conservé en démembrement via une clause de report sur le nouveau prix ou sur un nouveau bien. Cette clause doit être anticipée dans l'acte initial.

Le démembrement réduit-il aussi l'IFI ?

En principe non. Depuis 2018, l'usufruitier doit déclarer la valeur totale du bien démembré à l'IFI, pas seulement son usufruit. Quelques exceptions existent (démembrement subi via succession du conjoint notamment). Le démembrement reste un outil fiscal pour les droits de donation/succession, pas pour l'IFI.

Peut-on combiner démembrement et donation-partage ?

Oui, et c'est même souvent recommandé. La donation-partage avec réserve d'usufruit permet de figer la valeur du bien au jour de la donation (les plus-values futures échappent à la fiscalité) tout en bénéficiant du barème 669. C'est l'une des stratégies de transmission les plus efficaces pour les patrimoines immobiliers supérieurs à 300 000 €.

À quel âge faut-il idéalement faire un démembrement ?

Le plus tôt possible, idéalement entre 55 et 70 ans. Dans la tranche 61-70 ans, la nue-propriété ne vaut que 60 % du bien, ce qui divise presque par deux la base taxable. Après 71 ans, elle monte à 70 %. Après 81 ans à 80 %. L'économie fiscale reste réelle mais bien plus modeste. Le passage d'une tranche à l'autre peut coûter des milliers d'euros, donc il faut anticiper avant un anniversaire décennal.