En bref — 2026

Délai normal : 6 mois après le décès pour déclarer et payer (art. 641 CGI).
Paiement fractionné : 3 versements sur 1 an, ou 7 versements sur 3 ans si la succession contient ≥ 50 % de biens difficilement négociables (dont l'immobilier).
Paiement différé : réservé aux nues-propriétés — droits payables 6 mois après la fin de l'usufruit ou la vente.
Taux d'intérêt 2026 : 2 % (contre 2,3 % en 2025), fixé à l'acceptation et constant.

6 mois
Délai normal de paiement après le décès
2 %
Taux d'intérêt du crédit du Trésor en 2026
1 à 3 ans
Durée d'étalement du paiement fractionné
Notre position : 100 % indépendante

Leganeos ne vend ni viager, ni crédit, ni bien immobilier. Nous n'avons donc aucun intérêt à vous pousser à vendre. Cet article explique d'abord comment garder le bien et payer l'impôt à votre rythme — la vente n'est qu'une option parmi d'autres, présentée en fin d'article.

Le vrai problème : hériter d'un bien, pas de liquidités

Les droits de succession se paient en argent, mais on hérite souvent en pierre : c'est ce décalage qui crée le piège.

C'est une scène que je vois se répéter. Un parent décède, laisse une résidence estimée 400 000 € et un peu d'épargne. Les enfants découvrent qu'ils doivent régler les droits dans les six mois — en numéraire — alors que l'essentiel de l'héritage est immobilisé dans le logement. Résultat : la vente précipitée, la décote, et parfois des regrets pour des années.

Or l'administration fiscale a prévu, depuis longtemps, des soupapes. Elles ne sont ni des astuces ni des montages : ce sont des facilités de paiement encadrées par le Code général des impôts (articles 1717 du CGI et 396 à 404 GA de l'annexe III), documentées au BOFiP. Le principe : le Trésor vous accorde un crédit — vous payez plus tard, ou en plusieurs fois, moyennant un intérêt modéré et des garanties.

Le délai normal : 6 mois pour payer

En principe, la déclaration de succession et le paiement des droits doivent intervenir dans les 6 mois suivant le décès (12 mois si le décès a lieu hors de France métropolitaine).

Ce délai de six mois court à compter du jour du décès (article 641 du CGI). Passé cette date, un intérêt de retard de 0,20 % par mois (soit 2,4 % par an) s'applique sur les droits non réglés, auquel peut s'ajouter une majoration de 10 % si le retard dépasse six mois supplémentaires. Autrement dit : ne rien faire coûte plus cher que demander un étalement officiel.

Point essentiel : la demande de paiement fractionné ou différé se formule au moment du dépôt de la déclaration de succession, généralement par l'intermédiaire du notaire. On ne peut pas la « rattraper » plusieurs mois après. D'où l'importance d'anticiper la question dès l'ouverture de la succession.

Le paiement fractionné : étaler sur 1 à 3 ans

Le paiement fractionné permet de régler les droits en versements égaux : 3 versements sur 1 an en principe, jusqu'à 7 versements sur 3 ans si la succession contient au moins 50 % de biens difficilement négociables.

Concrètement, au lieu d'un chèque unique, vous réglez :

  • Cas général : 3 versements égaux, espacés de 6 mois, soit un étalement sur 1 an.
  • Cas des biens « difficilement négociables » : lorsque l'actif successoral comprend au moins 50 % de biens comme l'immobilier, des parts de société non cotée, un fonds de commerce ou des œuvres d'art, la durée passe à 3 ans, en 7 versements espacés de 6 mois.

Chaque versement supporte un intérêt calculé sur les sommes encore dues. Ce taux, révisé chaque année, est de 2 % pour les demandes formulées à compter du 1er janvier 2026 (il était de 2,3 % en 2025). Bonne nouvelle pour les héritiers : c'est nettement moins cher qu'un crédit bancaire à la consommation, et le taux est figé pour toute la durée.

L'exemple qui parle

Sur 60 000 € de droits, un fractionnement sur 3 ans (7 versements) coûte environ 1 800 € d'intérêts au taux 2026 — soit le prix de la tranquillité pour ne pas brader une maison estimée 400 000 €.

Le paiement différé : attendre la fin de l'usufruit

Le paiement différé est réservé aux successions comportant un démembrement : l'héritier de la nue-propriété ne paie ses droits qu'à la réunion de l'usufruit (souvent le décès de l'usufruitier) ou à la vente du bien.

C'est le cas typique du conjoint survivant qui reçoit l'usufruit du logement, tandis que les enfants reçoivent la nue-propriété. Les enfants sont redevables de droits sur cette nue-propriété — mais ils n'en ont pas la jouissance et souvent pas les liquidités. Le paiement différé leur permet d'attendre : les droits ne deviennent exigibles que dans les 6 mois suivant la réunion de la pleine propriété (au décès de l'usufruitier) ou la cession de leurs droits.

Subtilité intéressante : l'héritier peut être dispensé d'intérêts s'il choisit de calculer les droits sur la valeur en pleine propriété du bien au jour du décès (et non sur la seule nue-propriété). Ce choix est souvent avantageux lorsque l'usufruitier est jeune et que son espérance de vie est longue. Le calcul mérite d'être fait au cas par cas avec le notaire.

Pour comprendre la mécanique du démembrement et le barème de l'article 669 du CGI qui répartit la valeur entre usufruit et nue-propriété, voir notre guide démembrement de propriété.

Combien ça coûte ? Simulateur d'étalement 2026

Au taux 2026 de 2 %, étaler le paiement coûte de l'ordre de 1 % du montant des droits sur 1 an, et environ 3 % sur 3 ans — un coût modéré face à une vente précipitée.

Indiquez le montant des droits à régler et la durée souhaitée pour estimer le nombre de versements, l'intérêt total et le coût global. Estimation pédagogique — le montant exact est arrêté par le comptable public.

Simulateur : paiement fractionné des droits de succession (2026)
Par versement
Intérêts totaux (2 %)
Coût total

Estimation indicative au taux de 2 % (demandes 2026). Le calcul officiel des intérêts et l'acceptation du crédit relèvent du comptable public, qui exige des garanties. Ne remplace pas l'étude d'un notaire.

Les garanties exigées par le Trésor

Le paiement fractionné ou différé n'est pas un droit automatique : c'est un crédit que le comptable public accorde en échange de garanties (hypothèque, caution, nantissement).

C'est le point que beaucoup découvrent trop tard. Pour accepter l'étalement, l'administration demande une sûreté couvrant sa créance — le plus souvent une hypothèque sur le bien immobilier hérité, mais aussi une caution bancaire ou le nantissement de titres. Si les garanties proposées sont jugées insuffisantes, la demande peut être refusée. La prise d'hypothèque a par ailleurs un coût (frais de formalité), à intégrer dans l'équation.

C'est aussi pourquoi la demande se prépare avec le notaire : il connaît les garanties recevables, chiffre les frais, et formule la demande dans les formes au moment de la déclaration.

Et si l'on ne peut (ou ne veut) pas garder le bien ?

Garder le bien n'est pas toujours la meilleure décision : l'étalement a du sens quand le bien a une valeur affective ou un potentiel, moins quand il est une charge.

Par honnêteté, voici les autres voies — sans en privilégier une, car elles dépendent entièrement de votre situation :

  • Vendre une partie ou la totalité du bien. Si personne ne souhaite conserver la maison et qu'elle génère surtout des charges, la vente reste la solution la plus simple. L'étalement peut alors servir de « pont » : payer en fractionné le temps de vendre au bon prix plutôt que dans l'urgence.
  • Mobiliser l'assurance-vie. Les capitaux d'assurance-vie sont transmis hors succession aux bénéficiaires désignés : ils peuvent fournir les liquidités pour payer les droits sans toucher au bien. Voir notre guide succession et assurance-vie 2026.
  • Le crédit bancaire. Certaines banques financent les droits de succession, mais à un taux généralement supérieur aux 2 % du Trésor en 2026 — à comparer précisément.
  • La vente en nue-propriété ou le viager. Pour un propriétaire âgé qui veut anticiper de son vivant et libérer un capital, ces options existent — nous les comparons de façon neutre dans notre comparatif « libérer un capital sans déménager ».

Cas réel : Sylvie et son frère, Nantes

Sylvie, 61 ans, et son frère héritent à parts égales de la maison de leur mère, estimée 380 000 €, et de 25 000 € d'épargne. Après l'abattement de 100 000 € chacun, leurs droits s'élèvent à environ 38 000 € par personne — bien au-delà de l'épargne disponible.

💶 Deux scénarios comparés
Droits dus par Sylvie≈ 38 000 €
Scénario A — vente précipitée (décote ~8 %)− 30 000 € sur le prix
Scénario B — fractionné 3 ans, taux 2 %≈ 1 150 € d'intérêts
Écart en faveur de l'étalement≈ 28 850 €

Sylvie et son frère ont choisi le fractionnement sur 3 ans, hypothèque à l'appui, et loué la maison le temps de décider sereinement. L'étalement leur a évité de brader un bien auquel ils tenaient. (Prénom et situation modifiés pour préserver l'anonymat.)

4 erreurs à éviter

  1. Attendre pour demander. La demande se fait au dépôt de la déclaration, dans les 6 mois. Trop tard = intérêts de retard.
  2. Oublier les garanties. Sans sûreté acceptable, pas de crédit du Trésor. Anticipez l'hypothèque et son coût.
  3. Confondre fractionné et différé. Le différé ne concerne que les nues-propriétés (démembrement). Pour un bien en pleine propriété, c'est le fractionné.
  4. Négliger le calcul « pleine propriété » du différé. Choisir cette base peut dispenser d'intérêts : à arbitrer avec le notaire selon l'âge de l'usufruitier.

Questions fréquentes

Quel est le délai pour payer les droits de succession en 2026 ?

En principe au dépôt de la déclaration de succession, soit dans les 6 mois suivant le décès lorsqu'il a lieu en France métropolitaine (article 641 du CGI). Passé ce délai, un intérêt de retard de 0,20 % par mois s'applique, plus une majoration en cas de retard important. C'est pour éviter cette situation que l'administration prévoit le paiement fractionné et le paiement différé.

Comment fonctionne le paiement fractionné des droits de succession ?

Il permet de régler les droits en plusieurs versements égaux au lieu d'un paiement unique : en principe 3 versements espacés de 6 mois sur 1 an, portés à 7 versements sur 3 ans si la succession comprend au moins 50 % de biens difficilement négociables (immobilier, parts de société non cotée…). Chaque versement supporte un intérêt, fixé à 2 % pour les demandes formulées à compter du 1er janvier 2026.

Qu'est-ce que le paiement différé des droits de succession ?

Il est réservé aux successions comprenant des biens démembrés (nue-propriété). Les droits calculés sur la nue-propriété ne sont exigibles que dans les 6 mois suivant la réunion de l'usufruit et de la nue-propriété — le plus souvent au décès de l'usufruitier — ou la vente du bien. L'héritier peut être dispensé d'intérêts s'il calcule les droits sur la valeur en pleine propriété au jour du décès.

Quel est le taux d'intérêt du paiement fractionné ou différé en 2026 ?

Pour les demandes formulées à compter du 1er janvier 2026, le taux est de 2 % (contre 2,3 % en 2025). Un taux réduit de 0,6 % s'applique aux transmissions d'entreprises éligibles. Le taux est fixé au moment de l'acceptation et reste inchangé pendant toute la durée du crédit.

Le Trésor peut-il refuser d'accorder un paiement fractionné ?

Oui. Ce n'est pas un droit automatique : c'est un crédit accordé par le comptable public, qui exige des garanties (hypothèque sur le bien, caution, nantissement). Si les garanties proposées sont jugées insuffisantes, la demande peut être refusée. Il est donc conseillé de préparer la demande avec le notaire, au moment du dépôt de la déclaration.

Le conjoint survivant doit-il payer des droits de succession ?

Non. Depuis la loi TEPA du 21 août 2007 (article 796-0 bis du CGI), le conjoint marié et le partenaire de PACS sont totalement exonérés de droits de succession, quelle que soit la valeur reçue. Ces dispositifs concernent donc surtout les enfants et les autres héritiers, qui bénéficient d'un abattement de 100 000 € par parent et par enfant.

À retenir

Hériter d'un bien sans liquidités n'oblige pas à vendre dans l'urgence. Le paiement fractionné (1 à 3 ans) et le paiement différé (nue-propriété) permettent d'étaler les droits au taux de 2 % en 2026, moyennant des garanties. La clé : formuler la demande dès la déclaration, avec un notaire, et comparer honnêtement le coût de l'étalement à celui d'une vente précipitée ou d'un crédit bancaire.

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Sources et références

  • Code général des impôts, art. 641 (délai de déclaration), art. 1717 et annexe III art. 396 à 404 GA (paiement fractionné et différé)
  • BOFiP — BOI-ENR-DG-50-20 (paiement des droits d'enregistrement)
  • Arrêté fixant le taux d'intérêt du crédit de paiement fractionné/différé : 2 % pour 2026 (2,3 % en 2025)
  • service-public.fr — Délais et paiement des droits de succession
  • Loi TEPA n° 2007-1223 du 21 août 2007, art. 796-0 bis du CGI (exonération du conjoint survivant)

Barèmes et taux 2026, susceptibles d'évoluer. Cet article est une information générale et ne remplace pas l'étude personnalisée d'un notaire.