Libérer un capital sans déménager : viager, nue-propriété ou prêt viager hypothécaire ?

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William Demoustier

📋 Ce que vous allez apprendre

  • Les 3 façons de transformer votre logement en argent tout en continuant à y vivre
  • Ce qui distingue viager occupé, vente en nue-propriété et prêt viager hypothécaire
  • La fiscalité de chaque solution en 2026 (et laquelle vous laisse le plus net)
  • L'impact réel de chacune sur ce que vous laisserez à vos enfants
  • Un simulateur pour estimer le capital que vous pourriez libérer

Vous avez remboursé votre crédit, votre maison vaut aujourd'hui plusieurs centaines de milliers d'euros — et pourtant, à la fin du mois, votre pension suffit à peine. C'est une situation que l'on rencontre souvent chez nos lecteurs : « riche en pierre, pauvre en liquidités ». Le patrimoine est là, sous vos pieds, mais il dort.

La bonne nouvelle, c'est qu'il existe plusieurs façons de mobiliser cette valeur sans quitter votre logement. La moins bonne, c'est que ces montages sont mal expliqués — souvent par ceux-là mêmes qui les commercialisent. Chez Leganeos, nous ne vendons ni viager ni crédit : cet article compare les trois solutions telles qu'elles sont, avec leurs vrais avantages et leurs vraies limites.

En bref Trois voies permettent de libérer un capital tout en restant chez soi : le viager occupé (un bouquet + une rente à vie), la vente en nue-propriété (un capital unique, sans rente) et le prêt viager hypothécaire (un emprunt sans mensualité, remboursé plus tard sur le bien). La nue-propriété est généralement la plus neutre fiscalement ; le viager offre un revenu régulier ; le prêt vous laisse propriétaire. Le bon choix dépend de vos besoins (capital ou revenu) et de vos objectifs de transmission.

Pourquoi tant de retraités sont « riches en pierre, pauvres en liquidités »

En France, la résidence principale représente l'essentiel du patrimoine des ménages de plus de 60 ans. Une fois le crédit soldé, ce patrimoine est stable mais totalement illiquide : il ne produit aucun revenu et ne peut servir ni à compléter la pension, ni à aider les enfants, ni à financer une aide à domicile.

Vendre pour déménager n'est pas toujours souhaitable : on est attaché à son quartier, à ses repères, à ses voisins. D'où l'intérêt des solutions qui permettent de récupérer de l'argent en restant chez soi. Elles reposent toutes sur la même idée : céder aujourd'hui une partie de la valeur future du bien, en échange de liquidités immédiates.

Les 3 façons de libérer un capital en restant chez soi

Avant d'entrer dans le détail, voici la logique de chacune :

  • Le viager occupé — vous vendez votre bien mais conservez le droit d'y vivre. Vous touchez un capital de départ (le bouquet) puis une rente versée jusqu'à votre décès.
  • La vente en nue-propriété — vous vendez uniquement les murs (la nue-propriété) et gardez l'usufruit, c'est-à-dire le droit d'habiter ou de louer. Vous touchez un capital unique, sans rente.
  • Le prêt viager hypothécaire — vous empruntez en garantissant le prêt sur votre logement, dont vous restez pleinement propriétaire. Aucune mensualité : la dette est remboursée à votre décès ou à la vente.

Solution 1 — La vente en viager occupé

Vous vendez votre logement à un acquéreur (le débirentier) mais vous vous réservez le droit d'y habiter jusqu'à la fin de votre vie. En contrepartie de cette « occupation », le prix est décoté, et il vous est versé sous deux formes :

  • un bouquet : une somme payée comptant à la signature ;
  • une rente viagère : un revenu mensuel versé jusqu'à votre décès, revalorisé chaque année.

La fiscalité de la rente (2026)

C'est l'avantage méconnu du viager : seule une fraction de la rente est imposable, et cette fraction dépend de votre âge lors du premier versement (article 158-6 du CGI). Une fois fixée, elle ne change plus :

Âge au 1ᵉʳ versement de la renteFraction imposable
Moins de 50 ans70 %
De 50 à 59 ans50 %
De 60 à 69 ans40 %
70 ans et plus30 %

Concrètement, si vous mettez votre bien en viager à 72 ans, seuls 30 % de votre rente seront soumis à l'impôt sur le revenu (et aux prélèvements sociaux de 17,2 %). Le bouquet, lui, correspond au prix de vente : s'il s'agit de votre résidence principale, la plus-value est en principe exonérée (article 150 U du CGI).

Le vrai point de vigilance Le viager repose sur un aléa : plus vous vivez longtemps, plus vous touchez — mais l'acquéreur parie sur l'inverse. La rente dépend de votre longévité, ce qui en fait un revenu incertain dans la durée pour vos héritiers. Le bien sort par ailleurs définitivement de votre patrimoine.

Solution 2 — La vente en nue-propriété

Ici, vous ne vendez pas tout : vous cédez la nue-propriété (les murs) et vous conservez l'usufruit, c'est-à-dire le droit de vivre dans le logement — ou de le louer et d'en percevoir les loyers. En échange, vous recevez un capital unique, versé en une seule fois. Pas de rente, pas d'aléa : vous savez immédiatement combien vous touchez.

Comment se calcule le prix ?

La répartition entre usufruit et nue-propriété suit un barème fiscal fixé par l'article 669 du CGI, fonction de votre âge :

Âge de l'usufruitierValeur de l'usufruitValeur de la nue-propriété
51 à 60 ans50 %50 %
61 à 70 ans40 %60 %
71 à 80 ans30 %70 %
81 à 90 ans20 %80 %

Ce barème est le repère fiscal. Dans une vente réelle, l'acquéreur applique en général une décote un peu plus forte (il immobilise son argent sans jouissance immédiate) : le capital que vous percevez se situe le plus souvent dans une fourchette proche, mais légèrement en dessous de la valeur théorique de la nue-propriété. Seul un notaire, avec une expertise du bien, fixe le montant exact.

La fiscalité (2026)

Le capital perçu n'est pas un revenu imposable : c'est le produit d'une vente. Si le bien est votre résidence principale, la plus-value est en principe exonérée (article 150 U du CGI). Au décès, l'usufruit s'éteint et le nu-propriétaire devient plein propriétaire sans droits de succession supplémentaires (article 1133 du CGI).

À ne pas oublier Tant que vous conservez l'usufruit, vous restez redevable de l'IFI sur la valeur en pleine propriété du bien si votre patrimoine y est soumis (article 968 du CGI). La vente en nue-propriété réduit donc peu votre assiette IFI, contrairement à une idée reçue.

Solution 3 — Le prêt viager hypothécaire

C'est la seule solution où vous restez propriétaire à 100 %. Une banque vous prête une somme (en capital ou en versements), garantie par une hypothèque sur votre logement. Vous n'avez aucune mensualité à rembourser : la dette — capital plus intérêts capitalisés — est soldée à votre décès ou lors de la vente du bien.

La loi encadre strictement ce prêt (Code de la consommation, articles L315-1 et suivants). Sa protection la plus importante : la dette ne peut jamais dépasser la valeur du bien au jour du remboursement. Vos héritiers ne devront donc jamais plus que ce que vaut le logement. S'ils veulent le conserver, ils remboursent la dette ; sinon, la vente la solde, et l'éventuel surplus leur revient.

Le coût réel Comme aucune échéance n'est payée, les intérêts se capitalisent : ils s'ajoutent chaque année au capital dû et grossissent la dette avec le temps. C'est la contrepartie de l'absence de mensualité — le prêt viager hypothécaire est donc surtout pertinent à un âge avancé ou pour un besoin ponctuel.

Tableau comparatif : viager, nue-propriété, prêt viager hypothécaire

CritèreViager occupéVente nue-propriétéPrêt viager hypothécaire
Vous restez propriétaire ?Non (usage réservé)Non (usufruit conservé)Oui, à 100 %
Forme de l'argentBouquet + rente à vieCapital uniquePrêt (capital ou versements)
Revenu régulier ?OuiNonNon
Aléa / longévitéOui (la rente en dépend)NonNon
Fiscalité de la somme reçueRente imposable à 30-40 %*Non imposableNon imposable
Impact transmissionBien sorti du patrimoineNue-propriété cédéeDette à solder au décès
Idéal si…vous voulez un revenu à vievous voulez un capital netvous tenez à rester propriétaire

*Fraction imposable de la rente selon l'âge au 1ᵉʳ versement (art. 158-6 CGI) : 40 % de 60 à 69 ans, 30 % à partir de 70 ans.

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Estimez le capital que vous pouvez libérer

Ce simulateur donne un ordre de grandeur du capital mobilisable selon votre âge et la valeur de votre logement. Il s'appuie sur le barème fiscal de l'article 669 du CGI. Les montants sont indicatifs : seul un notaire établit une valorisation réelle.

🧮 Simulateur — capital mobilisable

Estimation indicative basée sur le barème 2026 (art. 669 CGI)

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Nue-propriété (barème art. 669)
Capital indicatif en vente NP
Bouquet indicatif en viager
Part de rente imposable

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Comment choisir ? 4 questions à vous poser

Il n'y a pas de « meilleure » solution dans l'absolu — il y a celle qui correspond à votre situation. Quatre questions permettent de trancher :

  1. Avez-vous besoin d'un capital ou d'un revenu ? Un capital unique oriente vers la nue-propriété ou le prêt ; un revenu régulier à vie, vers le viager.
  2. Tenez-vous à rester propriétaire ? Si oui, seul le prêt viager hypothécaire le permet.
  3. Quel est votre objectif de transmission ? Le viager sort le bien du patrimoine ; la nue-propriété organise sa transmission ; le prêt laisse une dette à solder.
  4. Quelle est votre tranche d'imposition ? Si vous êtes fortement imposé, la neutralité fiscale de la nue-propriété pèse davantage.

Cas réel : Michel et Françoise, 73 et 71 ans, près de Bordeaux

Le couple possède une maison estimée à 420 000 €, entièrement payée. Leurs pensions cumulées couvrent le quotidien, mais ils veulent aider leurs deux petits-enfants et se constituer un matelas pour d'éventuels frais de santé. Déménager ? Hors de question : ils ont construit cette maison.

Ils écartent le viager (ils ne veulent pas d'un revenu qui « pénalise » leurs héritiers si l'un d'eux vit très vieux) et le prêt (le coût des intérêts les rebute). Ils s'orientent vers une vente en nue-propriété : à leur âge, le barème situe la nue-propriété autour de 60-70 % de la valeur. Après décote de marché, un notaire leur confirme un capital net de l'ordre de 250 000 à 270 000 €, non imposable — de quoi aider leurs proches immédiatement tout en restant chez eux à vie. (Exemple illustratif ; les montants réels dépendent de l'expertise du bien.)

Ce qu'il faut retenir

L'essentiel pour libérer un capital sans quitter votre logement

1
Trois solutions, trois logiques. Viager (revenu à vie), nue-propriété (capital unique), prêt viager hypothécaire (vous restez propriétaire).
2
La nue-propriété est souvent la plus neutre fiscalement. Capital non imposable, plus-value de résidence principale exonérée.
3
Le viager verse un revenu partiellement imposable — 30 % seulement à partir de 70 ans (art. 158-6 CGI).
4
Le prêt viager hypothécaire protège vos héritiers : la dette ne dépasse jamais la valeur du bien, mais les intérêts se capitalisent.
5
Un notaire est obligatoire pour le viager et la nue-propriété. Un conseiller indépendant vous aide à choisir sans être juge et partie.

Quelle solution est faite pour vous ?

Viager, nue-propriété, prêt viager hypothécaire : chaque situation appelle une réponse différente. Leganeos vous met gratuitement en relation avec des professionnels indépendants (notaire, conseiller en gestion de patrimoine) qui comparent avec vous, sans vous vendre un produit maison.

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Questions fréquentes

Peut-on vendre sa maison tout en continuant à y habiter ?+
Oui. Trois solutions le permettent. Le viager occupé : vous vendez et conservez un droit d'usage et d'habitation, contre un bouquet et une rente. La vente en nue-propriété : vous vendez les murs et gardez l'usufruit (le droit d'y vivre), contre un capital versé en une fois. Le prêt viager hypothécaire : vous empruntez en garantissant le prêt sur le logement, que vous gardez en pleine propriété. Dans les trois cas, vous restez chez vous.
Quelle différence entre viager occupé et vente en nue-propriété ?+
Le viager occupé verse un capital de départ (le bouquet) puis une rente mensuelle jusqu'à votre décès : une partie de vos revenus dépend de votre longévité. La vente en nue-propriété verse un capital unique, connu d'avance, sans rente ni aléa. Autre différence de taille : la rente viagère est partiellement imposable, alors que le capital d'une vente en nue-propriété n'est pas un revenu imposable.
La vente en nue-propriété génère-t-elle un revenu imposable ?+
Non, le capital perçu n'est pas un revenu imposable : c'est le produit d'une vente. Si le bien est votre résidence principale, la plus-value est en principe exonérée (article 150 U du CGI). En revanche, tant que vous gardez l'usufruit, vous restez redevable de l'IFI sur la valeur en pleine propriété du bien si votre patrimoine y est soumis (article 968 du CGI). Faites valider votre cas par un notaire.
Le prêt viager hypothécaire est-il risqué pour mes héritiers ?+
La loi encadre ce risque : la dette (capital + intérêts capitalisés) est plafonnée à la valeur du bien au jour du remboursement (Code de la consommation, art. L315-1 et suivants). Vos héritiers ne peuvent jamais devoir plus que ce que vaut le logement. À votre décès, ils choisissent de vendre pour solder la dette ou de la rembourser pour garder le bien. Si la valeur dépasse la dette, la différence leur revient.
Quelle solution permet de payer le moins d'impôts ?+
La vente en nue-propriété est souvent la plus neutre : capital non imposable, plus-value de résidence principale exonérée. Le viager verse une rente dont une fraction est imposable selon l'âge au premier versement : 40 % de 60 à 69 ans, 30 % à partir de 70 ans (art. 158-6 CGI). Le prêt viager hypothécaire ne génère aucun revenu imposable, mais coûte des intérêts. Le meilleur choix dépend surtout de votre besoin : capital unique ou revenu régulier.
À qui s'adresser pour une vente en viager ou en nue-propriété ?+
Ces opérations passent obligatoirement par un notaire, qui rédige l'acte et sécurise le démembrement ou la réserve d'usage. En amont, un conseiller en gestion de patrimoine indépendant peut comparer les trois solutions au regard de votre situation, sans être juge et partie. Leganeos vous met gratuitement en relation avec des professionnels indépendants, sans engagement.
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