Vendre en nue-propriété : un capital immédiat, sans rente, tout en restant chez vous
📋 Ce que vous allez apprendre
- Ce qu'est vraiment la vente en nue-propriété — et pourquoi ce n'est pas un viager
- Combien vous pouvez toucher selon votre âge (barème de l'article 669 du CGI)
- Pourquoi le capital reçu n'est pas imposé comme un revenu en 2026
- Le comparatif nue-propriété / viager / prêt viager hypothécaire
- Un simulateur pour estimer votre capital, et les pièges à connaître avant de signer
« On aime notre maison, on veut y finir nos jours — mais on a besoin de liquidités, et le viager nous fait peur. » Cette phrase, je l'entends souvent. Beaucoup de propriétaires de 65, 70 ou 75 ans sont « riches en pierre, pauvres en trésorerie » : un patrimoine immobilier qui a pris de la valeur, mais des revenus de retraite qui ne suivent pas.
La vente en nue-propriété est une réponse encore méconnue à ce dilemme. Elle permet de mobiliser un capital tout de suite, en une seule fois, sans quitter son logement et sans dépendre d'une rente. En 2026, dans un marché de l'ancien où les acheteurs classiques se font rares mais où les investisseurs de long terme cherchent des biens décotés, c'est une piste qui mérite d'être comprise — d'autant que la plupart des opérateurs qui en parlent sont juges et parties. Ce guide la décrypte sans intérêt à vous vendre quoi que ce soit.
Vendre en nue-propriété : de quoi parle-t-on ?
La propriété d'un bien peut se scinder en deux droits : l'usufruit (le droit d'utiliser le bien — l'habiter ou le louer — et d'en percevoir les fruits, c'est-à-dire les loyers) et la nue-propriété (le droit de disposer du bien, mais sans pouvoir en jouir tant que l'usufruit existe). C'est ce qu'on appelle le démembrement.
Dans une vente en nue-propriété, vous vendez la nue-propriété à un acheteur — souvent un investisseur ou une société spécialisée — et vous conservez l'usufruit (ou un droit d'usage et d'habitation) votre vie durant. Concrètement :
- Vous recevez immédiatement un capital, en une seule fois, correspondant au prix de la nue-propriété.
- Vous continuez à vivre chez vous (ou à louer le bien) sans payer de loyer, jusqu'à votre décès.
- À votre décès, l'usufruit s'éteint : l'acheteur récupère automatiquement la pleine propriété, sans droit de succession ni taxation supplémentaire (article 1133 du CGI).
Combien pouvez-vous toucher ? La décote selon votre âge
Le prix de la nue-propriété est égal à la valeur du bien moins la valeur de l'usufruit que vous conservez. Or plus vous êtes jeune, plus votre usufruit vaut cher (vous en profiterez plus longtemps) — donc plus la nue-propriété que vous vendez est faible. Autrement dit : vendre plus jeune rapporte moins de capital, vendre plus âgé en rapporte davantage.
Le barème fiscal de référence est celui de l'article 669 du Code général des impôts :
| Âge de l'usufruitier (vous) | Valeur de l'usufruit | Valeur de la nue-propriété (ce que vous vendez) |
|---|---|---|
| De 61 à 70 ans révolus | 40 % | 60 % |
| De 71 à 80 ans révolus | 30 % | 70 % |
| De 81 à 90 ans révolus | 20 % | 80 % |
| À partir de 91 ans | 10 % | 90 % |
La fiscalité 2026 : pourquoi le capital n'est pas imposé comme une rente
C'est l'un des grands avantages de la formule, et il est souvent mal compris. Le capital que vous recevez n'est pas un revenu : c'est le prix d'une cession immobilière. Il ne s'ajoute donc pas à vos pensions et ne fait pas grimper votre impôt sur le revenu — contrairement à la rente d'un viager, qui est imposable chaque année (même si un abattement s'applique selon l'âge).
Sur le plan de la plus-value : la vente de la nue-propriété relève du régime des plus-values immobilières, comme toute cession. Mais s'il s'agit de votre résidence principale, que vous continuez d'occuper grâce à l'usufruit conservé, la plus-value peut être exonérée. C'est un point technique à faire confirmer par votre notaire selon votre situation précise.
Enfin, tant que dure l'usufruit, la répartition de l'impôt foncier et de l'IFI (le cas échéant) suit des règles précises que le notaire encadre dans l'acte. Nous y revenons dans les pièges à éviter.
Nue-propriété, viager, prêt viager hypothécaire : le comparatif
Trois formules permettent de transformer sa pierre en liquidités sans déménager. Voici comment elles se distinguent.
| Vente en nue-propriété | Viager occupé | Prêt viager hypothécaire | |
|---|---|---|---|
| Ce que vous recevez | Un capital en une fois | Un bouquet + une rente à vie | Un capital (ou une rente), sous forme de prêt |
| Restez-vous chez vous ? | Oui (usufruit conservé) | Oui (droit d'usage) | Oui (vous restez propriétaire) |
| Imposition de ce que vous touchez | Capital non imposé comme un revenu | Rente partiellement imposable | Capital de prêt non imposable |
| Risque d'impayé | Aucun (payé au comptant) | Oui (rente à percevoir) | Aucun |
| Effet sur la succession | Le bien sort du patrimoine | Le bien sort du patrimoine | La dette + intérêts sont remboursés au décès (sur la vente du bien) |
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Simulez le capital que vous pourriez percevoir
Ce simulateur applique le barème fiscal de l'article 669 du CGI pour donner un premier ordre de grandeur du capital (valeur de la nue-propriété) et de l'usufruit que vous conserveriez. Rappel : une offre réelle sur un bien occupé intègre souvent une décote plus forte — considérez ce résultat comme un plafond indicatif.
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Qui paie les travaux et les impôts ?
Le code civil (articles 605 et 606) répartit les charges entre nu-propriétaire et usufruitier. Les grosses réparations (toiture, murs porteurs, structure) reviennent au nu-propriétaire, donc à l'acheteur — c'est un vrai soulagement pour un senior. L'entretien courant reste à votre charge (usufruitier). La taxe foncière est en principe due par l'usufruitier, sauf clause contraire négociée dans l'acte. Faites préciser noir sur blanc cette répartition par le notaire.
La décote peut être plus forte qu'annoncée
Certains opérateurs appliquent une décote supérieure au barème fiscal en valorisant fortement l'usufruit. Ce n'est pas illégitime (un bien occupé vaut moins pour un investisseur), mais l'écart peut être important. Comparez au moins deux ou trois offres et demandez le détail du calcul.
Et si vous devez déménager plus tard ?
Si votre santé vous oblige à partir en établissement, vous ne serez plus dans le logement mais vous conserverez l'usufruit — que vous pourrez, selon l'acte, louer pour percevoir des loyers, ou éventuellement revendre à l'acheteur. Prévoyez ce scénario dans le contrat dès le départ : c'est une clause déterminante.
L'effet sur votre succession
Le bien sort de votre patrimoine : vos héritiers n'en hériteront pas. En contrepartie, vous avez transformé une pierre en capital que vous pouvez, si vous le souhaitez, transmettre autrement (donation, assurance-vie). C'est un arbitrage de transmission à poser clairement en famille.
Cas réel : Jacqueline, 74 ans, à Nantes
Jacqueline, veuve, habite une maison estimée à 300 000 € en pleine propriété. Sa pension de réversion couvre juste ses dépenses, et elle veut aider ses petits-enfants sans s'endetter. Vendre et déménager ? Hors de question : c'est la maison où elle a tout vécu.
À 74 ans, le barème de l'article 669 valorise son usufruit à 30 % et la nue-propriété à 70 %, soit une base de 210 000 €. Un opérateur, en tenant compte de l'occupation, lui propose finalement environ 175 000 € net (décote effective d'environ 42 %). Elle encaisse ce capital en une fois, sans impôt sur le revenu, reste chez elle sans loyer, et n'a plus à se soucier de la toiture — désormais à la charge de l'acheteur. Elle place une partie du capital en assurance-vie pour ses petits-enfants. (Exemple illustratif ; les montants varient selon le bien, l'opérateur et la région.)
Ce qu'il faut retenir
L'essentiel avant de décider
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Chaque situation est unique. Un notaire ou un conseiller indépendant peut chiffrer votre capital réel, comparer les scénarios et vérifier les clauses avant que vous ne signiez quoi que ce soit. Leganeos vous met en relation gratuitement et sans engagement avec un professionnel adapté à votre profil.
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- Vendre son bien immobilier avant la retraite : timing et fiscalité
- Viager occupé en 2026 : comment ça marche vraiment
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- Réemployer son capital : assurance-vie ou PER après 60 ans ?
Questions fréquentes
Sources
- Légifrance — Article 669 du CGI (barème de l'usufruit)
- Légifrance — Article 1133 du CGI (réunion de l'usufruit à la nue-propriété)
- service-public.fr — Usufruit et démembrement de propriété
- Légifrance — Code civil, articles 605 et 606 (charges de l'usufruit)
- service-public.fr — Plus-value immobilière et exonération de la résidence principale